Comprendre la révolution numérique

Accueil > Rubriques > Les réseaux sociaux seront appliqués ou ne seront pas

Les réseaux sociaux seront appliqués ou ne seront pas

vendredi 28 mars 2008

C’est ce qui ressort de la lecture d’un article publié récemment sur le site Publishing 2.0. Ce texte évoque le développement de l’initiative OpenSocial, portée par Google, mais rejointe par la plupart des acteurs du domaine, à l’exception notable deFacebook. OpenSocial est une interface de programmation standard permettant de développer des applications pour réseaux sociaux interopérables (pour l’instant Myspace, Ning, Orkut, Linked in, Viadeo,...).

Pourquoi Facebook refuse-t-il de rejoindre OpenSocial ? Parce que ses fonctionnalités sont relativement indifférenciées et qu’il ne peut donc augmenter ses utilisateurs qu’en les enfermant sur une plate-forme non-interopérable. Autrement dit, Facebook apporte peu de valeur ajoutée hormis le fait d’exister et d’être une des plus importante base d’utilisateurs au monde. Ainsi, le fameux effet de réseau qui démultiplie la valeur d’une application en fonction de l’importance du nombre de personnes qui l’utilise ne doit pas faire oublier qu’il doit y avoir un service à la base ; le réseau en soi ne suffit pas.

Que font ensemble les utilisateurs de Facebook ? Ils communiquent. Est-ce suffisant ? Peut-être pas. C’est la conclusion que l’on pourrait retenir de cet article qui corrobore le point de vue d’autres analystes pointant les difficultés à venir de la plus célèbre des plate-formes. Les réseaux sociaux sont-ils pour autant condamnés ? Certainement pas car on ne peut qu’être étonnés de la multiplication de plate-formes appliquées à des usages particuliers. On connaissait déjà Flickr, plate-forme de partage de photos qui regroupe des millions d’utilisateurs autour d’une passion commune. On voit maintenant apparaître des plate-formes tirant parti de manière très astucieuse de la notion de réseau social. Ainsi l’étonnant Inpowr, plate-forme de développement personnel, permettant à ses utilisateurs de se prendre à témoin et de s’encourager mutuellement dans la voie qui les conduira vers le plus parfait épanouissement. Plus appliquées encore, une plate-forme comme Babbel, consacrée à l’apprentissage des langues, permet à ses membres de former des binômes avec les locuteurs dont ils ont besoin pour progresser. A un autre niveau,Ning se présente comme une matrice de réseaux sociaux, permettant à tout un chacun de créer et développer sa propre plate-forme autour du sujet qui l’intéresse....et d’y ajouter ses propres applications grâce à OpenSocial.

Si l’on ajoute maintenant le développement de plate-formes spécialisées à l’usage d’une interface de programmation quasi-universelle et aux récentes initiatives de gestion unique de l’identité numérique (OpenID, Data Portability), on commence à pouvoir entre-apercevoir ce qui pourrait être le futur des réseaux sociaux ; bien plus intéressant, il faut bien le dire, que le modèle Facebook : une multiplicité de plate-formes à la fois ouvertes et très spécialisés, orientées par des centres d’intérêt et des activités bien précises, agrégeant d’un côté des individus gérant leur identité numérique en amont de leur participation à telle ou telle plate-forme, et de l’autre par des applications développées de manière transversale. Le plus étonnant, si cette évolution se confirme, est bien la puissance du modèle des réseaux numériques qui, de l’Internet 0.0 qu’était Arpanet jusqu’au 2.0 que représentent les plate-formes de réseaux sociaux impose sa marque et ses lois contre tout autre type d’initiative : décentralisation, ouverture, standardisation de fait, émergence d’un écosystème fondé sur la différenciation des éléments qui le constituent.


Voir en ligne : ecommoditizing Social Networks By Connecting User Profiles Via OpenSocial

Messages

  • Bonjour Pierre,

    Merci pour cette analyse. Autant je suis convaincu, depuis l’origine, par la fragilité du modèle de réseau contraint Facebook, autant je suis en désaccord avec la dernière phrase.

    Aujourd’hui les seul modèles qui ont fait leur preuve, et comment !, de leur rentabilité sont hypercentralisés : Google, E-Bay, Reed-Elsevier..

    Il ne faut pas confondre la liberté laissée à l’internaute et la centralité. Les principes premiers du Web supposaient une équivalence des pôles. Cela est peut-être vrai sur les protocoles en place sur les machines, à l’évidence pas sur la fonctionnalité, ni sur les flux de trafic.

    • Bonjour Jean-Michel,

      merci de votre commentaire. J’aurais tendance, pour y répondre, à déconstruire la liste d’exemples que vous citez : Google, Ebay, Reed-Elsevier ; cherchez l’intrus ;-)

      Par ailleurs, il ne faut pas confondre succès en terme d’usages et de rentabilité. Cette brève s’intéresse d’avantage au premier qu’au second.

      Donc, je ne sais pas si Google et Ebay sont hyper-centralisés ou hyper-dominants. On a en effet un paradoxe intéressant que les effets de réseau, qui reposent sur une structure nécessairement décentralisée, sont dans le domaine économique, des effets monopolistiques.

      Ainsi je vois mal en quoi Google est hyper-centralisé. D’un point de vue historique en effet, cette société a fait le choix inverse de ses concurrents en se concentrant sur un service,le moteur de recherche, et en le plaçant partout, alors que Yahoo ! et Altavista tentaient au contraire de capturer l’internaute dans des portails de plus en plus multi-services, medias, etc. Par ailleurs, j’ai toujours été intrigué par la manière dont Google est très lent à intégrer les différents services qu’il s’est mis à proposer par rachats successifs. Le vrai point d’intégration pour l’usager, c’est d’ailleurs l’identité, via Google mail. Ainsi, par exemple, je ne sais pas si grand-monde l’a remarqué, mais pendant très longtemps on n’a pas eu de moteur de recherche dans Greader. C’est quand même un comble ! Et puis finalement, c’est uand même intéressant que ce soit Google qui propose OpenSocial, non ?

  • Des platesformes ouvertes et très spécialisées ? Pas si sûr. Nombreux seront les entrants souhaitant devenir central, sans compter que la possibilité d’échanger les données le leur permettront. On pourrait donc imaginer que beaucoup de plateformes deviennent généralistes dans le but de recueillir le plus de profils possibles et le plus d’information possible.

    Regardons ce qu’il risque de se passer pour OpenId : des fournisseurs de service en profite pour demander plus d’information que nécessaire (âge, profession)...

    Nonobstant, assez d’accord avec cette vision, même si je reste moins optimiste. Tous ces gens sont tout de même là pour faire du commerce. ;-)

    Voir en ligne : http://www.internetactu.net

    • Ta remarque et celle de JM Salaün juste au dessus, me font penser à une contradiction potentielle entre une logique d’usage qui conduirait à une multiplication de réseaux sociaux spécialisées, et une logique économique qui conduit à un nombre très restreint de plate-formes généralistes. Dans ces conditions, c’est peut-être Ning qui imagine le bon modèle, comme infrastructure de réseaux spécialisés, permettant de conjuguer les deux. Et finalement, ce ne serait que la prolongation dans le domaine des réseaux sociaux des logiques à l’oeuvre dans le domaine de l’information : une multiplication de petites publications spécialisées se développant sur de grandes infrastructures généralistes (comme les plate-formes de blog) ?

  • Je voulais faire une réponse ici même, mais cela aurait été un peu trop long, donc la réponse est dans un billet sur mon blog :-(

    Voir en ligne : réseaux sociaux : du passé à l’avenir