près des années d’immobilisme relatif face à la révolution annoncée du journalisme citoyen, la presse écrite française a voulu montré ces derniers mois qu’elle était capable de réaction. Après le lancement d’Agoravox, portail agrégeant des informations apportées et rédigées par les internautes ; initiative lancée par Joël de Rosnay et Carlo Revelli en marge, et même contre la presse professionnelle existante, deux quotidiens nationaux ont lancé la contre-offensive : de Libération est née le site d’information Rue89.com. Le Monde quant à lui est à l’origine du tout nouveau Lepost.fr qui fait manifestement un succès d’audience.
Très différentes en terme de mode de fonctionnement et de positionnement, les deux initiatives se rejoignent sur un point : elles sont économiquement et juridiquement séparées de leur vivier d’origine. Rue89 par exemple, fondé par quatre anciens journalistes de Libération est une société autonome, vivant sur fonds propres. Lepost de son côté, est une filiale de la société Le Monde interactif. Le prestigieux quotidien de référence s’évertue pourtant à ce qu’on ne le confonde pas avec son nouveau produit participatif.
Malgré les ressemblances de surface - même indépendance par rapport à leur entreprise d’origine, même design rustique et peu avenant, les deux entreprises ont adopté des lignes éditoriales très différentes. Rue89 de son côté, fait le pari d’un futur possible pour la pratique du journalisme professionnel, et singulièrement du journalisme d’investigation. Le journal en ligne compte ainsi à son actif d’avoir démasqué Alexis Debat, un affabulateur ayant publié dans une revue de politique internationale une série de fausses interviews d’hommes politiques de premier plan, parmi lesquels Barack Obama. Ecrits par des professionnels - salariés ou indépendants -, les articles publiés sur Rue89 présentent donc des scoops, des enquêtes, des décryptages, qui témoignent d’une volonté d’en revenir aux sources du journalisme.
De son côté, Lepost fait le pari inverse : plus de journaliste, mais un « coach » ; entendez un modérateur qui oriente le flux de textes en provenance des internautes eux-mêmes. On plonge tête baissée dans le participatif, le fameux web 2.0 dont on dit qu’il tuera la presse professionnelle. Tous les ingrédients sont présents : les user generated contents, bien sûr, mais aussi les groupes, les systèmes de partage, de signalement et de vote dont toute plate-forme participative dispose aujourd’hui. Après quelques jours de fonctionnement, le résultat est là : un flux d’information continu d’où émerge le sensationnel, le superficiel et le trash. Actuellement, on peut y visionner une vidéo montrant Pluto poursuivant un enfant à Disneyland, le baromètre des favoris du Mondial de rugby, une passionnante enquête sur un corps sans tête retrouvé dans une rivière ou encore des statistiques sur les ronflements nocturnes...
A leur manière, Rue89 et Lepost dessine les contours de deux avenirs possibles pour les entreprises de presse à l’heure d’Internet : ou bien le retour à un journalisme resserré sur le métier de base, avec une structure légère de diffusion par le biais des réseaux, ou bien au contraire une dissolution de la pratique journalistique et le basculement vers un pur management de la communication sans contenu.
date de publication:
17 septembre 2007
source:
Lepost

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Responsable éditorial d’Homo Numericus