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Persée n’a pas été pétrifié par la numérisation des sciences humaines

lundi 24 janvier 2005

Lorsqu’il y a plus d’un an, le Ministère de l’Education Nationale a lancé un vaste projet de numérisation restrospective d’un certain nombre de revues prestigieuses en sciences humaines et sociales, on a pu avoir toutes les craintes sur les résultats de l’opération : les travaux de numérisation sont réputés très lourds, très compliqués et peu gratifiants. Nombre d’entre eux aboutissent à des interfaces de consultation peu ergonomiques et ne reflétant que trop la masse immense de travail que la publication a nécessité.

Ce n’est pas le cas de Persée, le portail résultant de la commande du Ministère. Abritant aujourd’hui 7 revues de premier plan, Persée offre accès à des parties de grandeur variable de la collection de numéros qu’offre chacune d’elle, mais jamais aux derniers numéros, bien sûr.

Il s’agit bien de numérisation, et non d’édition électronique : les articles sont donc présentés comme fac-similés de leur version papier, mais avec une interface de navigation intuitive. L’affichage des fac-similés se fait dans de bonnes conditions et le feuilletage est assez agréable, quel que soit le navigateur. Ce qui plaît surtout dans cette interface, c’est le parti pris de simplicité : on accède en trois clics à l’article à partir de la page d’accueil du portail.

Un certain nombre d’"astuces" donnent une réelle valeur ajoutée au portail : on peut ainsi obtenir, à partir de l’image de chacune des pages du portail, une version en mode texte pouvant être utilisée dans les pratiques de citation. Le système de recherche surligne dans le document les occurrences de l’expression recherchée. Un système d’authentification permet de garder en mémoire les recherches effectuées, et de se constituer une base bibliographique à partir des articles consultés [1]. On voit enfin une volonté embryonnaire de constituer des communautés de lecture par le biais de forums attachés au portail ainsi qu’à chaque revue.

Aucun système n’est parfait, et celui-ci se heurte parfois aux limites inhérentes à la numérisation en mode image : il propose par exemple un export au format PDF des articles disponibles. L’idée est excellente, sauf que, lorsqu’on télécharge vraiment les fichiers, on se rend compte qu’ils pèsent souvent plus de 20 Mo (sans avertissement préalable) ! Mieux vaut avoir une connexion à haut débit et un ordinateur conséquent pour le gérer. Autre question : comment citer les articles ? Si l’on veut indiquer l’url de consultation, il faut avoir le coeur bien accroché : http://www.persee.fr/showPage.do?urn=hom_0439-4216_1998_num_38_145_370423

Dernier problème, et de taille : apparemment, on n’accède pas aux résumés des articles. C’est quand même pousser la mode du texte intégral un peu loin. Le résumé est en effet très utile à la lecture, particulièrement en sciences humaines et sociales, où l’argumentation ne va pas toujours droit au but. Il y a donc là un défaut d’information essentielle, renforcé par l’impossibilité d’accéder à la liste des mots clés, qui existent pourtant, puisqu’ils sont utilisés par le moteur de recherche.

Mais tout cela n’est que broutille finalement, en comparaison de ce qu’apporte Persée aux étudiants, chercheurs, et même au débat public, quand on pense à des revues aussi importantes pour la vie intellectuelle que sont l’Homme et les Annales. En complémentarité avec d’autres initiatives en édition électronique, Persée apporte sa pierre à ce vaste mouvement de libre accès aux résultats de la recherche publique, permettant à n’importe qui d’accéder dans de bonnes conditions à des textes essentiels. Et de cela, qui peut se plaindre ?


Voir en ligne : Persée : portail de revues scientifiques en sciences humaines et sociales


[1mais la liste est bêtement limitée à 10 items (?)

Messages

  • au tout debut

    et ne reflétant que trop la masse immense de travail que la publication a nécessité.

    il manque pas un « peu » quelque part ?

    • heu non : la critique, c’est que la plupart des réalisations « sentent la bougie » comme on disait autrefois. Le grand art, c’est quand tu ne vois pas le travail, que tout est caché.

      Bon , ma formule n’est pas claire... ;)