Comprendre la révolution numérique

Accueil > Rubriques > L’Open Access sous le feu de la critique

L’Open Access sous le feu de la critique

lundi 9 août 2004

Le secteur de l’édition scientifique est, depuis quelques années, au centre d’intenses polémiques entre les différents acteurs qui l’animent. Pour différentes raisons, le coût d’abonnement aux périodiques scientifiques a fortement augmenté, entraînant un mouvement de réaction de la part des bibliothèques et de certaines institutions scientifiques appuyé en grande partie sur la publication électronique et en réseau des articles scientifiques.

L’idée est simple : pour contourner le barrage financier que les éditeurs commerciaux opposent à la libre circulation de l’information scientifique, pourquoi ne pas mettre en ligne directement les résultats de la recherche scientifique en les rendant librement accessibles à tous ? Cette stratégie, dite de l’Open Access, gagne chaque jour de nouveaux partisans et inquiète de plus en plus les éditeurs traditionnels.

Contrairement à ce qu’on a pu croire, la publication en Open Access est loin d’être à coûts nuls. Elle ne fait, finalement que déplacer le besoin de financement de l’aval (le coût de l’accès est supporté par le lecteur ou son représentant : la bibliothèque), vers l’amont (le coût est supporté par l’auteur ou son représentant : l’institution universitaire).

C’est sur ce dernier point que Joseph Esposito appuie sa critique de l’Open Access dans la dernière livraison de First Monday. « The devil you don’t know : The unexpected future of Open Access publishing » soutient le thèse pour le moins paradoxale que loin de faire chuter les coûts globaux de publication, l’Open Access conduira à ce qu’ils augmentent, à terme.

A l’appui de sa thèse, Esposito pose une excellent question : L’Open Access est-il appelé à remplacer, ou a compléter le circuit traditionnel de publication ? Il est très probable, soutient-il, que ce mouvement crée en fait un nouveau marché, plutôt qu’il ne remplace l’ancien ; un marché fondé sur des besoins que ne satisfont pas les éditeurs traditionnels, comme la rapidité de l’accès à l’information scientifique ou le besoin de reconnaissance des auteurs. Mais ce n’est pas ce qui fera disparaître les publications les plus traditionnelles, dont tout le monde continue d’avoir besoin, comme outil d’évaluation, de validation ou plus simplement de prestige...

Pire encore, soutient-il, ce nouveau marché entraînera une hausse constante des coûts de publication parce qu’il créera de nouveaux besoins dûs à la concurrence grandissante entre les auteurs en terme de visibilité pour leurs publications.


Voir en ligne : The devil you don’t know : The unexpected future of Open Access publishing