n dépit des réserves exprimées ailleurs sur la nécessité de la fondation de la discipline médiologique, il faut s’attrister de la disparition des Cahiers de médiologie en ligne. Cette revue, qui est la vitrine de la médiologie, discipline créée par Régis Debray, proposait depuis plusieurs années un site, mediologie.com, offrant à la lecture un nombre conséquent de numéros en texte intégral. Mediologie.com est désormais abandonné aux spéculateurs et héberge d’insipides publicités en anglais. Une certaine « Mrs Jello », Livingston, USA, liée au site ExoticDomains.net, en est désormais propriétaire depuis le 29 mars 2003. Ce désastre paraît dû au changement d’éditeur de la revue, passée des éditions Gallimard aux éditions Fayard. On s’étonne cependant qu’un éditeur aussi prestigieux que Gallimard se soit laissé aller à solder un nom de domaine aussi significatif que celui-ci, contraignant la revue à passer sur mediologie.org. Tout ceci pourrait ne relever d’aucune stratégie particulière, dans la mesure où le nouveau nom de domaine semble avoir été acheté en urgence le 24 mai 2003 par un membre du Comité de rédaction de la revue. Le changement d’URL n’est pas condamnable en soi, et on ne saurait blâmer ceux qui adoptent le .org à la place du .com, mais on aurait apprécié que, par courtoisie et par bon sens, une redirection permanente explicite soit établie par l’éditeur historique de la revue.
Á croire que l’internaute n’est pas un vrai lecteur et que les dizaines d’articles publiés en ligne étaient placés là comme dans une cave sans lumière et sans visiteurs. L’internaute manque probablement d’instruction et, sans doute, de moyens de paiement. On ne peut croire que la maison Gallimard se soit débarrassée, avec cette revue, de toute responsabilité morale concernant une entreprise éditoriale qu’elle a portée pendant des années et se moque comme d’une guigne de sa mémoire et de son avenir. Le changement d’éditeur et de nom de domaine se produit donc dans des conditions de continuité et de savoir-vivre désastreuses, qu’accentue l’impression donnée par le nouveau site, squelettique, publié par les éditions Fayard. On se demande si Gallimard a refusé la réutilisation des données autrefois mises en ligne par ses soins. Ou si Fayard a considéré la politique de Gallimard comme trop généreuse et a opté pour une réduction des ambitions du site. Aucune réponse à ces questions n’est lisible sur le nouveau site, qui s’excuse cependant des « désagréments occasionnés par cette période de transition ». On espère infondée l’hypothèse selon laquelle les couvertures de la revue présentes sur la page d’accueil seraient tronquées pour d’obscures raisons touchant aux droits d’auteurs. On craint cependant d’avoir compris, au travers de cet épisode, que la mise en place d’une politique Internet continue et cohérente par certains grands éditeurs français n’est pas encore à l’ordre du jour. On n’ose même plus évoquer le terme d’édition électronique scientifique. La « bulle » est passée et le savon a un goût amer. Formulons le vœu que cette « période de transition » soit suivie d’une période de résurrection d’un site dans lequel les articles de la revue –même anciens– redeviendraient disponibles pour tous. Afin que le débat scientifique puisse reprendre ses droits.
date de publication:
24 juillet 2003
source:
Les Cahiers de Médiologie

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