L
e mail peut-il être une forme d’art ? Il existe bien des romans épistolaires, factices, certes. Pour ce qui est du mail, certains ont déjà depuis plusieurs années répondu par l’affirmative : c’est ce qu’on appelle le net.art. Des listes de diffusion comme 7-11 sont presque aussi vieilles que le mail lui-même : les abonnés peuvent s’envoyer des messages dont l’intérêt repose autant sur la forme que sur contenu. Une des méthodes les plus anciennes consiste à utiliser les caractères ASCII du message pour dessiner des figures : ce sont des e-calligrammes en quelque sorte. Aujourd’hui, avec les possibilités qu’offrent certains logiciels de messagerie en matière de codage HTML des textes envoyés (ce qui est parfaitement contraire à la netiquette du reste), les messages deviennent de véritables tableaux, de plus en plus animés et sophistiqués.
Mais le jeu ne s’arrête pas là, car il existe aussi des générateurs de calligrammes qui mettent en forme automatiquement le texte que l’on souhaite. L’art du "callimail" devient alors accessible sans peine à tous. C’est ce qu’à réalisé Frédéric Madre avec sa liste Palais Tokyo. Dans ce dernier cas, il suffit que les abonnés inscrivent un texte, et la machine se charge de spamer le mail à toutes les listes de diffusion concernant le net.art. Lorsque la liste fut mise en ligne, ce fut évidemment un tollé dans les listes qui se sont vues spamées. Le modérateur de Nettime, une des listes les plus importantes sur le net.art, attaqua violemment Frédéric Madre dans ses messages. L’exercice a récemment atteint son apogée avec les rencontres X-00 de Lorient où Palais Tokyo et Pavu.com se sont livrés à un concours de spam, inondant plusieurs listes de diffusion de plus de 250 messages.
Dans l’esprit de Madre, le "spam-art" vise à contester la notion de modération dans les listes de diffusion. C’est la notion de filtrage de l’information, de la légitimité du contrôle que les modérateurs s’attribuent sur elle qui est remis en question. Partisan du foisonnement de la libre expression sur le net, Madre s’intéresse à ceux qui y diffusent des informations triviales, et notamment biographiques, comme il le fait avec son site Pleine-peau, une référence en la matière. On n’est plus très loin des recherches de Philippe Lejeune (qui commence d’ailleurs à s’intéresser au cyberespace) sur les relations qu’entretiennent esthétique et journal intime.
Liens
:
Palais
Tokyo (le moteur est fermé)
interview
de Frédéric Madre dans Rhizome.org
Un article de Transfert sur les rencontres de Lorient