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Affaire miditext.com : beaucoup de bruit pour rien ?

L

es société d’enregistrement de noms de domaine peuvent-elles être soumises au même régime de responsabilité que les hébergeurs de sites web ? C’est ce que pourrait laisser penser l’ordonnance du 31 mai 2002 émanant du Tribunal de Grande Instance de Paris ordonnant à la société Gandi à la fois de suspendre la résolution du nom de domaine « miditext.com » pointant vers un site contenant des contenus illicites, et de lui remettre les dernières données de connexion afférentes à ce nom de domaine.

L’ordonnance, relatée par la presse spécialisée comme une innovation juridique importante fixant pour la première fois la responsabilité des « registrars » en matière de contenu illicite a soulevé une certaine émotion dans nombre de forums de discussion, listes de diffusion et sites associatifs, émotion que le principal intéressé, la société Gandi, ne semble d’ailleurs pas partager, comme il ressort de l’entretien que son président a accordé au magazine Vnunet. Et de fait, à y regarder de plus près, il n’est pas si sûr que l’ordonnance du TGI de Paris constitue une si grande innovation ou qu’elle change quoi que ce soit à la responsabilité des sociétés de ce type. Tentative d’interprétation.

- Miditext.com : des contenus illicites autorsant une saisie-contrefaçon

Proposant aux internautes la libre consultation de plusieurs centaines de textes de chansons et de partitions musicales, les contenus mis en ligne par Miditext.com tombent sous le coup des articles du Code de la Propriété Intellectuelle au titre de la reproduction illicite d’oeuvres protégées. C’est à ce titre que la chambre syndicale des éditeurs de musique (CSDEM) a fait constater par huissier le caractère illicite du site et s’est présenté devant le Tribunal de Grande Instance de Paris afin d’en obtenir la suspension.

Cette procédure est possible au vu de l’article 332-1 du Code de la Propriété Intellectuelle :

« Les commissaires de police et, dans les lieux où il n’y a pas de commissaire de police, les juges d’instance, sont tenus, à la demande de tout auteur d’une oeuvre protégée par le livre Ier, de ses ayants droit ou de ses ayants cause, de saisir les exemplaires constituant une reproduction illicite de cette oeuvre. Si la saisie doit avoir pour effet de retarder ou de suspendre des représentations ou des exécutions publiques en cours ou déjà annoncées, une autorisation spéciale doit être obtenue du président du tribunal de grande instance, par ordonnance rendue sur requête »

Cette « ordonnance rendue sur requête » est une mesure conservatoire obtenue au terme d’une procédure non contradictoire ; elle n’implique pas une mise en cause pour la société qui fait l’objet de l’ordonnance. Celle-ci est simplement tenue d’obéir aux injonctions du juge qui la rédige.

- Le juge ordonne, mais à qui ?

Habituellement, ce genre d’ordonnance en « saisie-contrefaçon » vise les acteurs les plus impliqués dans la diffusion de contenus illicites : éditeurs, webmestres et à défaut, hébergeurs. Dans le cas de Miditext.com, le juge se trouvait face à une situation classique pour ce genre de site : le webmestre est inconnu - on connaît seulement le nom du propriétaire du nom de domaine -, les serveurs hébergeant le site sont aux Etats-Unis, hors de la juridiction française. Restait un acteur beaucoup plus éloigné du processus d’édition à proprement parler, mais qui joue un rôle important pour l’accessibilité au site : le registrar qui opère la résolution de nom de domaine ; en l’occurence une société française : Gandi S.A. C’est vers elle que le juge s’est en définitive tourné pour « suspendre » la diffusion des contenus incriminés, en mettant en place une redirection à partir du nom de domaine vers le site de l’Agence de Protection des Programmes en vertu du même Code de la Propriété Intellectuelle et des articles 493 et 812 du Nouveau Code de Procédure Civile.

Il fallait enfin s’assurer, pour un procès en indemnisation ultérieur, de l’identité des responsables du site. Et cela, c’est la loi relative à la liberté de communication du 30 septembre 1986, amendée le 1er août 2000 qui le permet. Mais cette loi est aussi à la source de toutes les confusions, en particulier l’article 43-8, invoqué par l’ordonnance.

- Cherchez l’intrus

Après avoir invoqué le Nouveau Code de Procédure Civile (NCPC) et le Code de la Propriété Intellectuelle (CPI), le juge Alain Girardet qui a rédigé l’ordonnance s’appuie maintenant sur les articles 43-8 et 43-9 de la loi de 1986 sur la liberté de communication, amendée le 1er août 2000, à l’issue d’un débat mémorable. Que disent-ils ? L’article 43-9 précise que

" Les prestataires mentionnés aux articles 43-7 et 43-8 sont tenus de détenir et de conserver les données de nature à permettre l’identification de toute personne ayant contribué à la création d’un contenu des services dont elles sont prestataires. Ils sont également tenus de fournir aux personnes qui éditent un service de communication en ligne autre que de correspondance privée des moyens techniques permettant à celles-ci de satisfaire aux conditions d’identification prévues à l’article 43-10. Les autorités judiciaires peuvent requérir communication auprès des prestataires mentionnés aux articles 43-7 et 43-8 des données mentionnées au premier alinéa. Les dispositions des articles 226-17, 226-21 et 226-22 du code pénal sont applicables au traitement de ces données.."

Bien que le décret d’application de l’article 43-9 ne soit pas encore publié, c’est à ce titre que le juge a requis dans son ordonnance que la société Gandi lui communique « l’adresse IP utilisée par la personne ayant procédé à la réservation du nom de domaine www.miditext.com ainsi que l’adresse IP de la personne ayant procédé à la dernière modification du 6 septembre 2001 et le mot de passe associé à l’identifiant »TA51-GANDI«  attribué lors de l’achat du nom de domaine ; ». Comme l’article 43-8 est évoqué en même temps que le 43-9, on pourrait penser que c’est en vertu de cet article que Gandi est concerné par ces mesures. Mais l’article 43-8 ne concerne que

« Les personnes physiques ou morales qui assurent, à titre gratuit ou onéreux, le stockage direct et permanent pour mise à disposition du public de signaux, d’écrits, d’images, de sons ou de messages de toute nature accessibles par ces services. »

Ce n’est assurément pas le cas d’une société d’enregistrement de nom de domaine, comme plusieurs articles de presse le font remarquer. A l’extrême limite, la catégorie de prestataires définie dans l’article immédiatement précédent - le 43-7 - lui conviendrait mieux, bien que cet article concerne en fait les fournisseurs d’accès, et non les registrars . Que s’est-il passé lors de la rédaction de ce texte ? Pourquoi l’article 43-8 s’est-il glissé comme un intrus au milieu des articles de loi cités ? Mystère...mais cet intrus est au centre d’un bel embrouillamini dans les interprétations qui ont été données par la suite.

L’article 43-8 prévoit en effet que :

" Les personnes physiques ou morales qui assurent, à titre gratuit ou onéreux, le stockage direct et permanent pour mise à disposition du public de signaux, d’écrits, d’images, de sons ou de messages de toute nature accessibles par ces services, ne sont pénalement ou civilement responsables du fait du contenu de ces services que :
- si, ayant été saisies par une autorité judiciaire, elles n’ont pas agi promptement pour empêcher l’accès à ce contenu"

D’où l’idée selon laquelle l’injonction de suspendre la résolution (et donc l’accès) du nom de domaine miditext.com s’appuyait sur l’article 43-8 qui concerne les hébergeurs, alors qu’en réalité, elle n’a pas besoin de cet article de loi, mais plus simplement du CPI et du NCPC qu’elle évoque par ailleurs. La loi de 1986 amendée ne trouve donc pas sa place ici, puisqu’elle ne peut désigner que les fournisseurs d’accès ou les hébergeurs, et en aucun cas les registrars, ou alors au prix de contorsions juridiques pour le moins dangereuses.

- Tout ça pour ça

Toute cette affaire demande à rappeler fermement que les sociétés d’enregistrement de noms de domaine ne sont pas des hébergeurs de contenus, et comme telles, ne peuvent être responsables des contenus vers lesquels pointent leurs serveurs de résolution (DNS), dont elles n’ont d’ailleurs pas la totale maîtrise. Les rapports que ces sociétés entretiennent avec la justice sont bien plus souvent liées à des questions de « cyber-squatting » sur des noms de marques déposées, qu’à des affaires du type Miditext.com. Il n’en reste pas moins qu’un juge peut leur ordonner, dans le cadre du droit commun, de suspendre la résolution de certains noms de domaine afin d’empêcher ou retarder la mise à disposition du public de contenus illicites.

« Retarder » est bien le mot, car plusieurs observateurs ont bientôt remarqué que le nom de domaine est très accessoire dans l’acte de publication par le web. Il est en principe toujours possible, comme c’était semble-t-il le cas pour Miditext, d’accéder au serveur en tapant son adresse IP, en se passant donc du nom de domaine. Sauf que la plupart des solutions d’hébergement recourent à du « virtual hosting », c’est-à-dire l’hébergement de plusieurs sites Web sur une même machine. C’est alors le nom de domaine qui permet de retrouver le bon site parmi tous ceux qui se partagent les mêmes ressources matérielles.

Mais il n’est pas besoin d’aller chercher si loin. Le webmestre du site en question, après que Gandi ait suspendu la résolution de miditext.com, a évidemment déposé dans les 48 heures miditext.net auprès d’un registrar -Directi- basé à...Bombay, ce qui prouve qu’il a de la suite dans les idées.

Merci à Kaïs et Meryem Marzouki, à Corinne Bariel pour leurs informations et éclaircissements.

Cet article est une co-publication IRIS / homo-numericus.net

  • alors remplacez le 2 septembre 2002 15:19

    Je suis animateur et j’avais besoin de ce site. Si vous êtes honnête, alors donnez-moi alors un autre nom de site sur zombibizon@caramail.com

  • > Affaire miditext.com : beaucoup de bruit pour rien 2 septembre 2002 15:33, par azerty

    Miditext.com etait un excellent site internet sur lequel on pouvait ecouter des midi et trouver les paroles pour chanter les musiques que l’ on voulait.

    Bref : je ne comprends pourquoi MR Girardet a fait suspendre ce site car c’ etait un excellent site un des meilleurs site de midi et de waw.

    j’ espere que MR Girardet va prendre la decision de retablier ce site au plus vite !!!!!

  • > Affaire miditext.com : beaucoup de bruit pour rien ? 9 septembre 2002 21:02, par patrick

    Passant des heurs sur miditext.com je trouvai ce site super ,qui peut me dire quand se site sera de nouveau autorisé merci de vos réponse patrick.chiry1@belgacom.net

  • > Affaire miditext.com : beaucoup de bruit pour rien ? 11 septembre 2002 21:45, par Jean-François HUE

    Prof de musique, sans miditext, je me sens maintenant bien démuni ... c’était une mine d’accompagnements que je faisais partager à tous mes élèves ... dommage ... Peut-il être de nouveau autorisé ? ce serait la fête !!!

  • > Affaire miditext.com : beaucoup de bruit pour rien ? 21 septembre 2002 16:23, par alexouille

    miditext etait le moyen le plus facile pour avoir des chansons et un max............j’attend d’voir

  • > Affaire miditext.com : beaucoup de bruit pour rien ? 23 septembre 2002 08:27, par Christian

    le Web n’est pas uniquement cet espace où grouillent d’odieux profiteurs, pirates informatiques de tous poils que certains semblent redouter . La plupart des oeuvres présentées sur Miditext ont été « amorties » depuis longtemps par les ventes de disques, cd ou autres song-books ? Mais peut-être est-ce là un peu de liberté collective d’accéder à la culture musicale qui s’en va, au nom de l’intérêt de quelques uns qui ont déjà bien profité de leur propriété intellectuelle.

  • > Affaire miditext.com : beaucoup de bruit pour rien ? 26 septembre 2002 14:20, par Prakoto

    Bonjour, Je joue d’oreille tous les instruments (ou presque). Avec miditext, j’ai fais un bon incroyable. Depuis sa disparition, snif... Patrick

  • > Affaire miditext.com : beaucoup de bruit pour rien ? 4 octobre 2002 16:39, par Christine

    Je crains malheureusement que ce soit définitif. Je rejoins un autre participant qui disait que les chansons sur miditext étaient en général bien amorties (plus de 20 ans après leur publication). De plus, Me Girardet ne comprend pas que c’est en ré-écoutant de vieilles chansons que les gens recherchent ces cd ou disques pour les acheter.

    On n’a jamais vu des familles écouter des chansons autour d’un PC ! c’est d’un ridicule ! Par contre, cela se fait chez nous, les soirs d’hivers au coin du feu, et l’été dans le jardin lors d’un BBQ. Et pour cela Me Girardet .... que faut-il à votre avis ? Des CD ou des disques, pour lesquels nous avons payé des droits d’auteurs.

    Internet était bien mieux dans les années 90, ni les politiques, ni les huissiers, ni les avocats n’étaient présents. Désormais, c’est comme la vie de tous les jours. On ferme les yeux pour ne pas voir la liberté disparaître.

  • En tant que professeur de francais en Angleterre, j’ai utilise ce site pour faire connaitre a mes eleves (qui ne savaient meme pas que la musique populaire francaise existait... !) des chansons qui sont aujourd’hui des classiques ainsi que des auteurs ou interpretes plus actuels. Non seulement ils se sont plus qu’enthousiasmes pour ces lecons, mais ils sont revenus plusieurs fois de vacances avec les CD des chanteurs etudies (alors qu’ils avaient acces au site de chez eux). Voila des annees que j’essaie d’interesser mes eleves a la chanson francaise et jamais je n’y etais aussi bien parvenue .

    Voici un exemple ou miditext.com,loin de porter prejudice aux auteurs/compositeurs/interpretes francais a meme elargi et internationalise leur audience (ainsi que leur porte-monnaie). Multipliez mon exemple dans le monde...

    Le site etait pour moi un fabuleux support pedagogique (j’ai un ordinateur dans ma salle de classe) mais des lors que l’on veut ecouter ces chansons pour le plaisir, il est bien plus pratique de posseder le CD.

    Beaucoup de bruit pour rien ? Ce qui est sur, c’est que le site a peut-etre permis a la chanson francaise de faire un peu plus de bruit dans le monde...

    Veronique M.. PS : desolee pour l’absence d’accents !

  • bonjour je sui amateur de ce sit merci pour le racoursi ??? collin500@wanadoo.fr

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