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B2I : quelle éducation à la citoyenneté sur le réseau ?

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epuis cette année, le Ministère de l’Education Nationale met en place progressivement un dispositif destiné à sanctionner l’apprentissage des techniques informatique dans l’enseignement scolaire, aussi bien à l’école qu’au collège.

- Un brevet très techno

Ce certificat, appelé Brevet Informatique et Internet, valide la progression de l’élève dans la maîtrise des techniques de manipulation de l’information sur support informatique. Se composant de deux niveaux, sa délivrance garantit en principe que l’élève sait utiliser un traitement de textes, faire une recherche sur Internet, synthétiser l’information en provenance de plusieurs supports, traiter des données au moyen d’un tableur ou encore communiquer au moyen de la messagerie électronique.

Récemment, le Café Pédagogique, un magazine en ligne traitant de pédagogie, a constitué un dossier très complet sur le B2I, incitant professeurs, documentalistes et inspecteurs à tirer un premier bilan de leur expérience. Premier constat, dans un grand nombre de collèges, ce sont les professeurs de technologie qui gèrent exclusivement la délivrance du certificat, alors qu’il est prévu que l’enseignement et la validation des connaissances soit prise en charge par l’ensemble de l’équipe pédagogique. Ceci est dû en particulier au fait que nombre de techniques sanctionnées par le B2I sont déjà enseignées en cours de technologie et que, généralement, ce sont les enseignants de cette matière qui sont responsables du parc informatique de l’établissement.

- Innovations pédagogique

Contrairement aux espérances donc, le B2I n’a pas encore - sans doute est-ce encore trop tôt - incité l’ensemble des professeurs à introduire de manière significative les nouvelles technologies dans leur enseignement. Et c’est du côté des écoles primaires que les initiatives les plus innovantes sont venues, ce qui n’est pas une surprise dans la mesure où les instituteurs, de par leur formation et leurs méthodes de travail, sont naturellement plus ouverts à l’innovation pédagogique que leurs collègues du secondaire.

Du côté des élèves, les premiers retours sont extrêmement positifs. Cela tient bien sûr à l’attrait qu’exerce le média sur les jeunes, mais aussi, de manière non négligeable à la méthode d’évaluation, particulièrement innovante : chaque élève possède en effet une "feuille de position" sur laquelle sont inscrites les différentes compétences qu’il doit apprendre à maîtriser. On lui demande dans un premier temps de s’auto-évaluer et cette auto-évaluation est dans un second temps sanctionnée par un professeur. Plutôt malin et responsabilisant pour des élèves ravis apparemment de gérer eux-mêmes leur progression dans un système scolaire qui, de manière générale, parie plutôt sur leur passivité.

- Une pratique citoyenne

Mais le B2I ne fait pas que sanctionner des connaissances techniques. Il est aussi censé développer une "pratique citoyenne" des nouvelles technologies, apprenant par exemple, au deuxième niveau du brevet, à connaître et appliquer la législation sur la collecte des données personnelles, ou bien, au premier niveau, à respecter la législation sur la propriété intellectuelle des logiciels informatiques et des contenus multimédia.

Toute la question se pose maintenant de savoir si la formation des enseignants sur cette dimension "citoyenne" des nouvelles technologies est bien suffisante. Car, pour avoir testé les petits dispositifs d’évaluation que certains d’entre eux ont mis aux point pour leurs élèves, on ne peut qu’être sceptiques. Exemples à l’appui : "Question nº 4 : «  Un de tes camarades a gravé plusieurs copies d’un CDrom qu’il vient d’acheter. Il t’en propose une. Dois-tu accepter ? » Réponse : « Non, il est interdit de reproduire et distribuer des logiciels sans autorisation spéciale ». Autre exemple, les cinq interdictions de la section « je respecte la propriété d’autrui » d’un cours d’informatique premier niveau : « Tu ne dois pas : Copier des cédérom. Donner ou vendre des copies de CD. Mettre des fichiers MP3 sur ton site Internet. Mettre des photographies non personnel sur ton site Internet. Mettre des virus ou des cracks sur ton site Internet ».

- Quid du logiciel libre ?

Moralité : les adolescents apprennent qu’ils n’ont quasiment jamais le droit de recopier ou distribuer un contenu numérique, quelles que soient les circonstances, ce qui est une simplification outrageusement orientée de la situation légale, et qui ne fait que reproduire sans réflexion les prises de position des plus gros éditeurs de contenus commerciaux. Or, la généralisation de ces pratiques ne peut que renforcer l’espèce de face-à-face insoluble entre industrie du copyright d’un côté et pirates de l’autre, tel que nous le connaissons. Et il est un peu naïf de croire que reproduire l’unique point de vue de la BSA ou du GESTE dans cet enseignement empêchera le piratage, ou plus souvent la reproduction illicite de contenus.

Mieux vaut peut-être tenter de rendre compte de la diversité des situations concernant les licences d’utilisation des contenus numériques. Il est faux par exemple, de dire qu’il est interdit en toutes circonstances de reproduire un CD. Tout dépend de la licence d’utilisation, et, dans le cas des logiciels libres, la reproduction peut être autorisée dans certaines conditions. Idem pour les contenus disponibles sur Internet : il existe aujourd’hui des banques d’images distribuées sous licences libres, des textes librement reproductibles, voire des fichiers musicaux distribués dans les mêmes conditions. Dès lors, pourquoi ne pas apprendre aux adolescents à lire les contrats de licence, plutôt que leur dire que toute reproduction est a priori interdite ? Parce que les enseignants ne sont eux-mêmes pas au courant de ce qui leur apparaît comme des subtilités et confondent pour la plupart, comme le grand public du reste, les licences libres à du piratage. Et le bel exemple de Framasoft, ou d’autres enseignants passionnés par les logiciels libres, ne doit pas cacher la forêt de ceux qui se contentent de suivre les directives du Ministère ou des rectorats, bien plus orientées par les logiciels propriétaires. Il serait pourtant autrement plus intéressant - et plus "citoyen" - d’exposer aux futurs utilisateurs l’ensemble de l’éventail des options légales qui se présentent et parmi lesquelles ils peuvent choisir. On pourrait en profiter pour apprendre dans le même temps aux éditeurs de logiciels à rédiger des contrats de licence (ou des notices explicatives) directement utilisables et lisibles par le citoyen lambda, qui a le malheur de n’être ni juriste, ni avocat spécialisé en droit de la propriété intellectuelle.

Pour ce qui est de la collecte et du traitement automatisé des données personnelles, nous n’avons jamais vu un exercice portant sur ce sujet ; signe évident du manque d’information (mais aussi de clarté législative) sur ce sujet et qui ne fait que renforcer l’impression que tout n’est pas toujours clair pour tout le monde, qu’un travail pédagogique en profondeur, non seulement en direction des adolescents, mais aussi des adultes est encore à faire.

- Le FDI s’en mêle

Dans un récent entretien qu’elle a accordé au magazine Zdnet, Isabelle Falque-Pierrotin, qui dirige le Forum des Droits de l’Internet, signalait que cet organisme avait pris contact avec le Ministère de l’Education Nationale en vue de réaliser des actions d’éducation à la "civilité" sur Internet en direction du public adolescent. On attend des indications plus précises sur cette action ; mais le FDI pourrait veiller à faire évoluer, par une action pédagogique auprès des enseignants comme des élèves, une situation pour l’instant bien peu satisfaisante.

  • POur votre informaiton, il existe un B2i concernant les adultes et donc le réseau des GRETA dans lequel nous avons un module s’intitulant TIC et citoyenneté. (voir sur eduscol)

    Voir en ligne : B2i FC Greta

  • Intéressant le coup de la copie. Tout dépend des politiques locales et surtout des enseignants. Dans les deux-sèvres, le département a fait le choix de mettre en place des points d’accès dont certains sont (étaient lors de ma dernière visite) basé sous Linux.

    L’expérience, fort riche, montre que les enfants s’approprie la technologie quelle qu’elle soit, il n’y a pas de notion de passé donc pas d’à priori.

    Merci pour cet article très complet !

  • > B2I : quelle éducation à la citoyenneté sur le rés 14 mai 2002 12:13, par julien launay

    bonjour,

    Effectivement la mise en place du B2i repose la question du travaille en équipe. On se rend bien compte que les choses evoluent trop lentement.

    Pour ce qui est de la collecte d’infos, je fais une activité avec mes 3ième avec le CNIL qui leur permet de prendre conscience des droits et obligations ainsi que de l’attitude à avoir devant ces collectes.

    Je suis aussi très surpris de voir que des contrats d’autorisation de copie (180/élève/an) sont signés et non respectés. Qui mes les ref biblio ?
    D’autre part on oubli le support numérique ou c’est la foire d’empoigne !
    Quand on contact le CFC, il nous répondre ne pas être compétent ! Bref je pense qu’il n’y pas que le support litteraire, mais bien d’autre supports !
    Encore une fois on les responsables jouent l’autruche.

    julien launay

    Voir en ligne : www.cnil.fr

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