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Le cyberart est-il rentable ?

mercredi 15 novembre 2000, par Pierre Mounier

A la fin du mois d’octobre s’est tenue la traditionnelle FIAC, la foire internationale de l’art contemporain. Ce fut l’occasion pour l’artiste Fred Forrest de réaliser une première mondiale : la vente aux enchères d’un site artistique, « couleur-réseau », qui fut adjugé pour 180000 francs. Constitué de dix-sept pages apparemment monochromes, « couleur-réseau » n’est accessible qu’à son seul propriétaire, via un code d’accès. Un beau coup, astucieusement préparé par une campagne marketing ciblée sur le gratin de la nouvelle économie et qui permit à Fred Forest d’obtenir ce qu’il voulait : qu’on parle de lui.

Au delà de l’anecdote, il est clair cependant qu’un marché du cyberart est en train de se créer, avec notamment la multiplication des galeries en ligne, où l’on peut acquérir des œuvres multimédia (fonds d’écran, animations, images, lignes de code) en donnant son numéro de carte bleue. Gizmoland.com s’est spécialisé sur ce créneau en offrant un bouquet bien garni de services sur l’art numérique : magazine, lieu permanent d’exposition, le site est conçu de manière très pédagogique, de manière à amener l’internaute vers l’acte d’achat.

De manière plus traditionnelle, les musées et institutions culturelles commencent à subventionner et exposer les œuvres numériques. Fondé en 1994, le Walkerart center du musée d’art moderne de Minneapolis fait figure de précurseur en ce domaine. Le site Ada’web qui dépend du centre est un des plus visité dans sa catégorie et fait office de lieu d’exposition permanente. Depuis, nombre d’institutions, européennes et américaines pour la plupart, lui ont emboîté le pas et exposent de plus en plus d’œuvres. En France, l’Etat commence à jouer son rôle de mécène en passant commande auprès des créateurs les plus primés et reconnus. La dernière fête de l’Internet fut l’occasion pour le Ministère de la culture de commander plusieurs œuvres, par exemple l’"économiseur-reposoir d’écran" de Valérie Grancher. L’INA pour sa part, joue un rôle important et surtout dans la continuité en ce qui concerne la mise en œuvre d’une politique publique de soutien à la jeune création numérique.

Mais c’est sans doute des circuits commerciaux traditionnels que vient le financement le plus important et le plus méconnu de la création artistique. Nombre de créateurs, pas les plus célèbres sans doute, mais le plus grand nombre à coup sûr, sont avant tout des illustrateurs, graphistes, voire programmeurs professionnels réalisant quotidiennement des sites web pour des entreprises et institutions. Nul besoin d’être grand clerc pour comprendre que sur le web, la mise en forme du contenu compte plus que dans n’importe quel autre media. Si la masse des sites commerciaux reste dans le cadre d’une banalité formatée en matière de présentation de l’information, certains d’entre eux sont de véritables chef-d’œuvres (c’est surtout vrai des sites institutionnels) et font preuve d’originalité.

Par ailleurs, l’évolution des techniques multimédia, notamment la technologie Flash qui permet d’animer le contenu des sites web, ouvre des perspectives aux créateurs de sites, qu’ils soient artistiques ou commerciaux, et leur donne de plus en plus les moyens de valoriser leur réalité. Dans le domaine des arts visuels, les interactions entre la création artistique et l’illustration dans le cadre d’une commande ont toujours eu lieu. Le passage au numérique ne change pas fondamentalement la donne, sinon en amplifiant le phénomène.

Liens
 :

Deux
articles de Transfert sur la vente de " couleur-réseau "
 :<span
style="mso-spacerun: yes"> 1
et 2

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