ranle-bas de combat dans le monde de l’édition : le dernier salon du livre à été l’occasion de voir surgir aux côtés des vénérables " Galligrasseuil " des jeunes pousses de la nouvelle économie, bien décidées à pousser les antiques et poussiéreuses institutions vers la maison de retraite. Tandis que chez les uns, on écoutait religieusement les paroles définitives prononcées par quelque figure connue et reconnue du PIF, à quelques mètres de là, de jeunes chevelus se déhanchaient vigoureusement sur le stand de manuscrit.com, lors d’un " bal littéraire " qui tenait plus du concert techno que des soirées de Médan. Ambiances...
Et de
fait, le microcosme voit venir avec inquiétude la vague des
NTIC qui a peu touché jusqu’à présent le monde
de l’édition. C’est un paradoxe d’ailleurs, dans la mesure
où ce sont précisément les instruments de traitement
informatique du texte (traitement de texte et langage html) qui ont
fait le succès des nouvelles technologies, le traitement de
l’image et du son venant dans un second temps. Il reste que le passage
par le multimédia a définitivement marqué ces
technologies : à entendre les questions des éditeurs
lors du " sommet
e-book 2001" qui se tenait en marge du salon, on comprenait
très vite que l’affaire Napster était dans toutes les
têtes. Si les éditeurs voient d’un oeil si méfiant
les développement de l’édition numérique, c’est
d’abord par peur du piratage. Les plus imaginatifs d’entre eux voient
déjà le dernier BHL circuler sur tous les disques durs
de la planète sans que personne n’ait déboursé
les cent et quelques francs nécessaires à l’acquisition
du précieux ouvrage. Halte là ! Pas question de se laisser
faire, et plutôt que de se retrouver aux côtés
de Metallica dans une série de procès en violation du
copyright, les éditeurs préfèrent s’en tenir
au bon vieux bouquin, sur papier.
S’ils approchent les nouvelles technologies avec tant de circonspection,
ce n’est pourtant pas par amour de l’odeur de l’encre et de la colle,
parce qu’il ont trop lu Rabelais pour lâcher le livre objet.
Il y a belle lurette que le monde de l’édition utilise des
outils informatiques pour fabriquer ses livres. De la même manière,
les " manuscrits " d’aujourd’hui n’en sont plus que de nom
et se réduisent souvent à des disquettes, voire à
des fichiers attachés dans des mails. Les outils informatiques
d’aide à l’édition Xpress et Framemaker sont extrêmement
performants, et la généralisation du XML est plein de
promesses pour ce secteur économique. Non, les éditeurs
ne sont pas technophobes, loin de là.
A condition que la technologie ne remette pas en question leur position sur un marché très disputé. Et c’est là que le bât blesse. Car des petits malins comme Jean-Pierre Arbon le fondateur de 00h00.com sont bien décidés à leur damer le pion en supprimant les coûts de fabrication et de distribution et en délivrant au lecteur des fichiers directement lisibles sur son écran, et qu’il peut imprimer chez lui pour un prix réduit de moitié par rapport à la version papier. Si 00h00.com s’en tient là et maintient une réelle politique éditoriale, on comprend bien que ce genre de procédé de distribution constitue une aubaine pour la publication à compte d’auteur, dans la mesure où les frais de fabrication sont réduits à des sommes insignifiantes. Déjà, Alapage propose un service d’auto-édition payant permettant à tout un chacun de publier ses mémoires...moyennant finances. Manuscrit.com se veut pour sa part " découvreur de talents ". La jeune société se propose de servir de passerelle vers l’édition traditionnelle en proposant des manuscrits sélectionnés par ses comités de lecteurs.
C’est une tout autre approche qu’a proposé récemment Michel Valensi des Editions de l’Eclat dans son Petit Traité plié en dix sur le lyber : celui-ci s’appuie sur la culture de la gratuité propre à Internet pour considérer qu’à l’ère du numérique, le texte que contient un livre doit rester libre de droits, au même titre que les autres informations disponibles sur le réseau. C’est l’objet livre, le support papier qui peut être rétribué, ne serait-ce que parce qu’il implique des coûts de fabrication. La licence " lyber " inventée par l’éditeur s’inscrit dans le mouvement général de libre diffusion du savoir numérique que défendent par ailleurs Olivier Blondeau et Florent Latrive. Il imagine ainsi que les textes, annotés par les communautés de lecteurs, enrichis et constamment remis à jour par les auteurs, pourront circuler indéfiniment à travers le réseau. Tirant parti des possibilités offertes par l’outil informatique, c’est ainsi à une transformation des pratiques d’écriture et de lecture qu’il invite.